INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET CAPITAL HUMAIN

De nombreux secteurs ont été confrontés de longue date aux problématiques de robotisation, d’automatisation et d’optimisation des processus / productivité. L’IA démultiplie les perspectives, en se combinant avec l’automatisation, qu’elle soit physique ou logicielle : l’IA devenant un cerveau d’orientation, de conseil et décision.

Généralement dans le cadre de mes lectures, les entreprises sont encore peu préparées à accompagner les transformations qui vont en découler avec l’arrivée massive de l’IA dans les organisations. Elles en ont conscience mais de passer à une applicabilité, il y encore un pas à franchir et une maturité à obtenir. Les grandes organisations ont les moyens d’une réflexion approfondies mais quid des petites et moyennes entreprises !

Au-delà des enjeux technologiques de cette transformation, je suis convaincu que les enjeux humains seront les clés du succès d’une adoption réussie de l’IA et de la compétitivité de l’organisation.

Voici quelques points de mes réflexions en cours

1 / Le décollage actuel de l’IA est le fruit de la convergence récente de trois facteurs et de 4 logiques:

  • Technologiques grâce la disponibilité des données, celles-ci ont explosé et le rapport coût/performance des technologies pour les traiter s’est effondré, permettant l’essor du marché de l’IA
  • Economiques : l’IA est perçue comme un facteur de compétitivité et de performance de l’organisation
  • Humains et son intéraction qu’il aura avec l’IA

On peut distinguer 4 logiques, non exclusives de l’adoption de l’IA pour le moment:

  • Productivité : optimisation, efficacité des processus (ex. traitement robotisé de factures)
  • Revenu : nouvelles offres, nouveaux produits et services (ex. véhicule autonome)
  • Relationnel : service, satisfaction client (ex. chatbots, personnalisation des offres)
  • Décisionnel : appui expert à la prise de décision (ex. évaluation des risques en banque-assurance) grâce à une meilleure utilisation et analyse des données.

2 / Quelles sont les enjeux que devront supporter les organisations:

  • L’urgence est de comprendre les défis de l’IA et d’en faire un objet de discussion au sein des équipes de direction, mais aussi de débat collectif et de dialogue social dans l’entreprise. Donner du sens à cette transformation est essentielle.
  • Le besoin de créer la confiance avec les clients et les salariés, en mettant en place les conditions d’une éthique de l’IA au quotidien, dans les comportements : sécurité, transparences des algorithmes, accès à l’information
  • La gestion des défis de l’évolution des compétences qui devrait être d’une ampleur inédite, par son volume, sa nature et la variété des fonctions et des profils qui seront concernés.
  • La nécessité d’anticiper et d’accompagner l’évolution des organisations de travail et de leur fonctionnement
  • La nécessité pour la fonction RH de se saisir elle-même des opportunités de l’IA : le « DRH augmenté » devra prendre en compte la généralisation du binôme homme-machine
  • Créer des audits à chaque stade de l’introduction de l’IA. Celles-ci ayant un impact direct sur le prises de décision. Une erreur de l’algorithme en amont pourrait avoir des répercussions très importantes sur l’entreprise

Le pilotage de cette (r)évolution longue de l’IA risque d’être complexe et l’anticipation / réflexions seront des clés, un gage de réussite et facteur de compétitivité ainsi que le développement d’un nouveau capital intellectuel au sein des organisations.

3 / Qu’elle sera la nature de transformation de l’emploi :

L’IA étend le domaine potentiel de l’interaction homme-machine.

Généralement les emplois peu qualifiés font l’objet d’une grande automatisation mais les emplois qualifiés seront de plus en plus impactés. Ceux qui seront essentiellement touché à mon sens, ce seront ceux qui auront une tache cognitive répétitives ou des emplois ou la valeur de l’accumulation de l’expérience pourraient être prise en charge par l’IA.

D’où une conséquence très direct qui devrait émerger : une relation fusionnelle homme / machine qui devrait découler sur l’émergence du “collaborateur augmenté”. Mais concernant la phase ou l’humaine restera la main d’oeuvre essentielle, une répercussion risque de se développer par une complexification des taches restantes à gérer.

Les DRH auront à gérer des défis très important et auront un impact essentielle dans la transformation de l’organisation, de sa culture et de l’optimisation du rôle entre la machine et l’humain (création de nouveaux indicateurs d’évaluation, d’évolution des apprentissages, des compétences)

4 / Pour terminer cette petite réflexion, qu’elles sont les risques associés à l’introduction de l’IA dans l’organisation :

Partant du principe que la machine va progressivement absorber une grande part de la connaissance métier et du raisonnement, cinq risques apparaissent selon mon point de vue :

  • La possibilité d’un flou grandissant sur la prise de décision, l’opérateur humain «n’osant » pas aller contre une proposition de la machine, même dans un cas complexe
  • Une complexité grandissante pour développer et maintenir les compétences métier, pouvant conduire à un appauvrissement de l’interaction, et à la marge créer un risque. Schématiquement, ce dilemme est celui des avions autonomes : si le pilote ne pilote plus, quelle est sa capacité à « reprendre la main » au moment où cela s’avèrerait nécessaire ?
  • Une obsolescence plus rapide des compétences métiers, mettant l’accent sur la nécessité de se former de façon continue au long de la vie.
  • La disparition des postes de stagiaires, assistants ou analystes qui permettaient un apprentissage progressif du métier
  • une non maitrise de l’évaluation / évolution / audit des processus d’introduction de l’IA comme processus de décision pourrait avoir de grave conséquence sur les résultats finaux qui devront être obtenus

Article disponible en anglais sur linkedin : https://www.linkedin.com/pulse/artificial-intelligence-human-capital-lo%C3%AFc-richard-mba-msc/

Vous aimerez aussi...

5 réponses

  1. Stéphane Krebs dit :

    Merci pour ses réflexions pertinentes et sa richesse. J’ai beaucoup apprécié. Il donne matière à réfléchir effectivement sur plusieurs aspects et dimensions. Il pourrait être l’objet de thèmes de Collab du savoir …

    Il éveille en moi des questions concernant les pilotes autonomes. Par exemple, le domaine des drones. On sait que la disruption peut provenir d’au moins 4 facteurs : le marché avec sa réglementation, la technologie, le comportement du client et la concurrence (les nouveaux joueurs). Où pressens-tu le changement ? Comment vois-tu le développement des nouvelles compétences pour répondre à ce marché nouveau, celui des drones ? Le connais-tu ? Y aura t-il de nouvelles pratiques ? comment créer un dispositif d’apprentissage, un réceptacle qui permettra d’être un sourcing d’apprentissage de ces nouvelles technologies ?
    Y a t-il des articles, des pistes de réflexions ?

    Je vous remercie pour vos réponses.

  2. Stéphane Krebs dit :

    Pour répondre à la partie humaine de l’article :
    As-tu lu le livre de Stéphane Mallard “Disruption Préparez-vous à changer de monde”. Ed. Dunod 2018 ? Il prévoit la fin du salariat … et de commencer par se disrupter soi-même pour ne pas disparaitre. Puisque les entreprises ne fournissent plus de sens par l’emploi qu’elles fournissent, les personnes décident de créer leurs propres jobs. En références avec les “bullshit jobs”. Cela ouvre justement une grande place pour les indépendants qui ont de ce fait une légitimité et une crédibilité de leurs actions et réalisations par leurs résultats validés par leurs clients et utilisateurs. La connaissance n’aura plus la même de valeur seule l’expertise aura de la valeur. Peut-être sera t-elle relayée par l’IA ? La compétence par excellente demeurera l’empathie et son développement. Cela reviendra à répondre à “comment développer l’empathie des clients pour leur apporter une relation humaine exceptionnelle qui leur fasse éprouver des émotions positives et qui génère un lien de confiance solide ?
    Comment faire qu’il se sente unique, écouté et valorisé ?”
    Voilà des enjeux qui nous attendent et qui vont nous challenger !

  3. Loic Richard dit :

    Bonjour Stéphane,

    tu en as des questions !! cool, Bon voici des réponses, du moins sur certaines.

    Le changement est en cours dans les grandes entreprises, concernant les PME, alors qu’elles ont de grosses difficultés à faire une transition digitale, l’IA est bien loin mis à part des startup qui sont dans le domaine. Les couts de l’introduction de l’IA ne va cesser de descendre et ceux allant de pair avec le cloud. Pour le moment on est dans le broua et tout le monde veut en faire et l’introduire. Comme chaque mode, il y aura un processus de rationalisation et d’introduction plus intelligente qui se fera par la suite.

    Dans les entreprises, une grosse réflexion va devoir etre faite à mon sens sur 4 niveaux.

    – Celui de la prise de décision / éthique, si l’IA va dans un sens sera t’elle remise en causeans le processus de décision et quid de la responsabilité en cas d’erreur. Peut on sanctionner une IA ?
    – Celui de la redistribution des compétences et notamment de la GPEC et de son utilisation
    – Celui de l’audit, l’IA répondant à un processus d’introduction, celle ci doit etre auditée à chaque étape. Le changement de comportement d’un acteur économique peut induire indirectement un changement dans l’algorithme de l’IA afin de répondre aux nouvelles exisgences du marché. De ce fait, si l’IA n’est pas audité, le résultat d’une proposition d’orientation de l’IA sera erronée avec toutes les conséquences qui s’en suivent.
    – Enfin, la protection des données / gouvernance, la première couche est celle que l’on maitrise et que l’on peut stopper, la deuxième est ce que nos comportements disent à la machine et la troisième est ce que la machine pense de nous. Ou va t’on et que doit on faire. La RGPD est une couche mais est elle suffisante. Et dans l’entreprise, comment lévaluation et le tracking se fera ?

    Concernant le livre, non, la fin du salariat j’y crois pas trop, bien qu’au Canada cet aspect est très prononcé, il en reste néanmoins que c’est un régulateur d’activité. Un fort non salariat met en évidence une crise économique, une baisse une bonne santé des entreprises.

    En tout cas tu as des bonnes questions que l’on pourrait aborder lors des prochains collab du savoir et partager nos expériences.

  4. Excellent article
    Ça pose toutes les questions autour de l’assertivité et de la mémoire transactive. Seul l’humain est capable de ces deux facettes de prise de décision.
    Salutations!

Laisser un commentaire

Privacy Policy Settings

Droit à l\'Oubli
We use cookies. Check our cookie policy to find out more. 200 OK

OK

The server encountered an internal error or misconfiguration and was unable to complete your request.

Please contact the server administrator, webmaster@collabdusavoir.com and inform them of the time the error occurred, and anything you might have done that may have caused the error.

More information about this error may be available in the server error log.

Additionally, a 500 Internal Server Error error was encountered while trying to use an ErrorDocument to handle the request.